L’Art du Menuisier

M. DCC. LXIX — M. DCC. LXXV.


André-Jacob Roubo



André-Jacob Roubo




 

Présentation de cette édition numérique.



On trouve maintenant sur la toile un nombre considérable de versions numériques de Roubo et, la plupart d’entre elles, sont téléchargeables. Après en avoir « épluché » un certain nombre, j’en ai noté trois qui m’ont parues sortir du lot, à savoir la version de « Gallica », le site de numérisation de la Bibliothèque Nationale de France, celle de « E-rara » le site de la Bibliothèque électronique suisse, et celle du toujours si impressionnant « Internet Archive » dont l’ouverture d’esprit et l’attention au partage ne sont plus à démontrer aujourd’hui.

Chacun de ces trois sites Web a numérisé L’Art du Menuisier de Roubo, dans son édition de 1769-1775. Chacun l’a fait avec les désirs et les moyens qui sont les siens, sur trois exemplaires manifestement distincts, reliés différemment d’un cas à l’autre, et présentés dans des interfaces Web qui leur sont aussi spécifiques. Chacune de ses versions a des avantages ; chacune a, aussi, des inconvénients. Par exemple, seule Gallica propose un accès aux Planches à-peu-près compréhensible, par un menu situé en bas à droite de l’écran. Toutefois, même dans ce cas-là, on est loin de pouvoir lire les titres des Planches, pourtant évocateurs, et la maîtrise du menu en question demande un apprentissage dans le contrôle de la souris dont on pourrait largement se passer. D’ailleurs, Gallica ne donne actuellement à consulter de table des matières du texte que pour le Menuisier en Carrosse, ce qui n’est, peut-être, pas la première partie de l’ouvrage à laquelle on a envie de s’intéresser. E-rara n’a, de son côté, pas fait de référencement des Planches mais donne un accès à peu-près correct à une table des matières du texte. Internet Archive n’a fait aucun recensement d’aucun tome qu’il publie, ni pour le texte, ni pour les Planches. Mais Internet Archive publie, par contre, un OCR qui n’envie pas celui de Google, pourtant réputé puissant1, et qui, surtout, est vraiment facilement téléchargeable si d’aventure on se propose de le corriger avec toute l’attention requise.

Il apparaît donc que ces trois bibliothèques ont numérisé les pages de L’Art du Menuisier de matières assez systématique, sans trop de considérations éditoriales. C’est autant une chose que l’on serait bien en peine de leur reprocher (car après tout, on n’est jamais à l’abri de la découverte d’une note manuscrite au dos d’une Planche qui puisse s’avérer passionnante, ou dans sa forme, ou dans son fond), mais c’est généralement particulièrement ennuyeux pour la navigation via le Web quand on sait que les dos des Planches ne sont jamais imprimés et qu’ils sont donc, toujours, de simples pages blanches dont on pourrait s’économiser le téléchargement. Si chaque bibliothèque possède son visualiseur (viewer), ni Gallica, ni (surtout2) E-rara ne permettent pas que l’on puisse télécharger les photographies des pages des ouvrages que l’on consulte dans la définition où elles ont été prises, et sous forme de fichiers. En proposant des paquetages zippés de fichiers au format JPEG 2000, Internet Archive fait exception à cela de manière notable et peut, sans le moindre doute, donner une leçon d’ouverture aux deux autres bibliothèques.



Il restait donc à faire un petit inventaire de tout cela, avant, peut-être, de pouvoir envisager d’aller plus loin dans la perspective éditoriale. Il s’agissait, pour commencer, de faire celui des Planches et de l’organiser en une sorte de table des matières, car il n’existe pas de Table des Planches dans l’ouvrage original. Autant chez E-rara, Internet Archive, que Gallica, les adresses URL ne sont pas « parlantes » à un profane des matières informatiques ; il est donc hors de question de procéder à leur lecture pour atteindre telle ou telle Planche.



Un lien hypertextuel est toujours unique ; je veux dire qu’il ne pointe jamais que sur une seule cible. J’avais donc la possibilité de faire des tables multiples, une pour chaque bibliothèque. Mais cela imposait, alors, de changer de table pour comparer deux même pages de deux numérisations différentes, ce qui réduit tout de même considérablement l’aisance de la navigation exégétique et rouboïsante... Je pouvais aussi rajouter trois colonnes de plus avec, dans chaque cellule de chaque ligne, un lien sur chaque page d’une bibliothèque donnée. Mais c’était d’un aspect lourd à désespérer. Je voulais, aussi, assurer ma propre édition, faite à partir de ce qui se trouve en ligne, mais piochant ici et là ce qu’il y avait de mieux pour, finalement, obtenir le résultat le plus propre selon moi, mais aussi (et surtout) téléchargeable facilement sous forme de fichiers pour pouvoir être réutilisé aisément dans d’autres contextes que la simple lecture3.

On pourrait objecter la futilité de mettre à portée de clic trois exemplaires numériques d’une même édition. Mais on ne doit pas oublier qu’il arrive qu’une reproduction ne laisse que partiellement voir certains détails qui se trouvent sous un autre éclairage dans une autre numérisation. Le fait de pouvoir disposer de trois sources originelles d’une même édition est donc une aubaine dont il ne faut évidemment pas se priver4. Dans le cas de L’Art du Menuisier, il y a aussi des manques chez les uns ou chez les autres. Par exemple, la Planche 174 n’est pas présente chez E-rara, pas plus que la 107bis (et le texte qui y réfère) chez Gallica. Faire une édition numérique digne de ce nom, c’est-à-dire qui se hisse jusqu’à une pensée éditoriale, c’est forcément aller un peu pécher à plusieurs endroits pour s’assurer d’une cohérence projetée.

Partant, il me semblait intéressant d’aller héberger des fichiers restaurés, nettoyés, allégés en poids-octets de par la réduction drastique des niveaux de gris, sur la plate-forme Wikimedia Commons. Un très bon exemple illustratif me semble se faire jour dans le cas de la Planche 367. Extrêmement mal reliée dans les exemplaires de Gallica et d’Internet Archive 5, elle présente encore deux mauvais plis dans la photographie offerte par E-rara. Mais le fait que ces erreurs ne se trouvent pas aux mêmes endroits d’un exemplaire à l’autre permet d’imaginer que l’on puisse prendre ici ce que l’on collera pour obtenir une version numérique reconstituée acceptable et publier le résultat au plus vite et à l’usage du commun, c’est-à-dire de tous. Il est acquis que cette opération ne relève pas du miracle enchanteur et demande autant un logiciel adéquat (open-source, libre et gratuit) que d’y consacrer un peu de temps. La suite du programme est évidente : passée la publication des Planches, c’est évidemment au texte qu’il faut s’attaquer. Wikisource peut servir de gouvernail référentiel. Nous n’y sommes pas ; nous le projetons.



J’ai cherché un moment avant d’opter pour un menu qui me semble suffisamment intuitif dans son utilisation pour permettre l’aiguillage à la multiplicité des sources internautiques dont nous disposons ; j’ai finalement choisi une programmation CSS très légère que n’importe quel navigateur Web contemporain n’aura aucun mal à interpréter. Le menu n’apparaît que quand la souris survole le titre de la Planche, ce qui n’encombre pas de colonnes lourdes à lire. Les liens sont particulièrement directs c’est-à-dire qu’il n’est plus nécessaire d’éplucher les pages blanches, souvent versos des Planches, pour arriver à celle que l’on veut visionner. Les liens se font toujours dans un nouvel onglet de navigateur (ou une nouvelle fenêtre, selon le réglage, d’icelui) de façon à garder la page de référence toujours disponible. Il reste le problème de l’aperçu des Planches, toujours dans les mêmes tableaux de référence. Le procédé d’affichage est le même que celui du menu mais n’a, pour l’instant, lieu que dans le cas des Planches qui ont été nettoyées, et donc aussitôt publiées sur Wikimedia Commons.


 

Retour au texte.

Pas plus qu’il n’existe de table des Planches dans l’ouvrage original, il n’y a de tables faisant la relation aux pages du texte depuis les Planches. Avec grande logique, Roubo est parti du principe qu’il suffisait d’effeuiller les exemplaires contenant le texte pour arriver, très vite, à la correspondance des Planches, au simple regard des marges dans lesquelles se trouvent ces appels. Le procédé est aussi simple à opérer avec un exemplaire papier ... qu’épouvantablement laborieux avec une version numérique. Il était donc indispensable d’établir une table de correspondance de ces appels de marge pour les rétablir dans les menus des tables des Planches. Comme il n’existe pas, à l’heure actuelle, de version numérique qui offre une reconnaissance optique de caractères parfaite, les liens proposés se limitent à pointer directement sur les pages des numérisations photographiques des trois bibliothèques de référence6. Il y a 1473 appels de marge dans tout l’ouvrage ; cela fait tout de même la bagatelle de 4415 liens hypertextuels indépendants à gérer pour les seules relations du texte aux Planches... Ce travail de référencement des appels de marges étant fait, il pouvait encore se décliner dans une table, à imprimer cette fois, car apportant un petit plus pour les adeptes ou inconditionnels de la version papier. Il ne suffit donc plus que de télécharger le fichier PDF de cette table, et de l’imprimer (quatre pages au format A4).


 

Impression des Planches.

La meilleure façon d’imprimer les Planches de L’art du Menuisier, c’est de le faire au format in folio, et cela nous est aisé, car il se trouve que celui-ci est très proche de notre A3 contemporain. Toujours dans la même direction qualitative, il est évidemment préférable que cette impression se fasse sur une imprimante laser. Vous n’avez pas d’imprimante laser qui imprime du A3 ? Rassurez-vous, moi non plus. Et je n’ai pas plus d’amis qui pourraient m’aider à aller dans ce sens.

Pourtant, on trouve de plus en plus souvent des photocopieuses en libre-service dans les supermarchés. Celui de la petite ville la plus proche du village où j’habite est très loin d’être un « hyper » et possède la bête adéquate. Il est entendu que vous devrez encore vous assurer au préalable qu’elle accepte la lecture des clés USB en général et des fichiers PDF en particulier. Cette vérification faite, il ne vous reste plus qu’à demander, peut être, à la personne responsable du magasin de vous montrer un peu comment tout cela fonctionne à l’usage ; ou à la laisser faire si c’est sa convention.

Les fichiers PDFs des Planches de L’Art du Menuisier sont téléchargeables depuis les tables établies sur le présent site. On notera qu’ils sont en cours de publication, se faisant, là encore, l’écho de ce qui paraît sur la page de Wikimedia Commons. Il y a deux type de Planches :


 

La licence

On pourra peut-être et finalement se poser la question de la licence juridique à adopter pour cette production. Soyons clair, je ne m’écarte pas d’un iota de la position de la fondation Wikimedia que je cite ici, à titre de rappel :


« Pour le dire sans détours, la position de la fondation Wikimedia a toujours été que les représentations fidèles des œuvres d’art du domaine public en deux dimensions sont dans le domaine public et les exigences contraires sont une attaque contre le concept même de domaine public. Si les musées et les galeries non seulement réclament un droit d’auteur sur leurs reproductions mais également contrôlent l’accès à la reproduction des peintures (en interdisant les photos, etc.), d’importantes œuvres historiques qui sont légalement dans le domaine public deviendront inaccessibles au public hormis par leurs gardiens.

La fondation Wikimédia a énoncé clairement qu’en l’absence de toute plainte légale fortement exprimée, elle ne considère pas que ce soit une bonne idée de prendre en considération de telles exigences sur les droits d’auteur lorsqu’elles concernent des œuvres dans le domaine public. Et, si nous sommes sérieusement attaqués sur le plan légal, nous mènerons une réflexion sérieuse en interne pour défendre notre position et la porter sur la place publique. Ceci ne constitue ni une modification de notre ligne de conduite (du moins du point de vue de la fondation), ni un changement ayant des répercussions sur les autres règles de Commons.Erik Möller 01:34, 25 July 2008 (UTC) »



En d’autres termes, les Planches et le texte de L’Art du Menuisier de André-Jacob Roubo, sont celles d’un auteur mort il y a plus de cent ans, dont les photographies ont été prises et mises en ligne par des bibliothèques publiques, donc financées en grande partie par des États. Leur nettoyage et la correction de leur défaut ont été assurés par des bénévoles, qui mettent un point d’honneur à ne pas poser le moindre copyright sur des données qui appartiennent à TOUS. Si, par l’estimation de leur qualité, un éditeur quelconque ne juge pas inutile de se réapproprier ce travail pour l’imprimer sur papier et en faire commerce, nous n’y voyons pas le moindre problème, à charge, pour le dit éditeur de se débrouiller avec les sus-dites bibliothèques. Les Planches présentées dans le cadre du présent site sont toutes sourcées dans les pages d’accès de Wikimedia Commons. Il est donc très aisé de savoir si une Planche provient d’une ou plusieurs sources.


 

En résumé...

Pour le moment, ce site Web récapitule plus ce qui existe déjà, qu’il n’héberge réellement un texte ou un propos. Mais il tend, aussi, à démontrer à quel point l’abondance d’information ne supplée, en rien, le travail à fournir pour en intégrer le savoir. Ce n’est pas parce que le texte et les Planches de « L’Art du Menuisier » sont, par trois fois, et en trois endroits du monde distincts, correctement numérisés, que l’Apprenti ordinaire en aura pour autant dégagé une substance utile à son épanouissement. Dans ce contexte de début du xxie siècle, où l’abondance de matière est proportionnelle à la pauvreté de l’Esprit, il ne nous paraît pas complètement vain de croire que nous participons à donner du sens à un ouvrage, fut-il aussi référentiel que celui d’André-Jacob Roubo, par le simple inventaire exhaustif de son contenu. Car « posséder Roubo » se réduit, aujourd’hui, à un stupide clic de souris sur le lien hypertexte d’un fichier PDF ; c’est donc à la portée d’un enfant de cinq ans. Mais ce téléchargement ne résout pas, non plus, la problématique — réelle et effective — de l’accès ciblé à l’information recherchée, en un temps et en une place donnée, tout simplement parce que l’outil est, dans le cas de ce type de numérisation, plus difficile à utiliser qu’un ouvrage imprimé. S’il est acquis que les trois bibliothèques de référence retenues dans le cadre de la présente publication font « un travail formidable », il nous semble qu’il n’est pas suffisant et que c’est donc, à nous, utilisateurs, menuisiers, ébénistes, Apprentis, compagnons, maîtres, ou simples honnêtes-hommes (facteur d’orgues..?), de nous accaparer ces mises en lignes pour aller plus loin, autant dans une simple perspective éditoriale que, surtout, de diffusion qualitative de la connaissance.

Un forum Web est mis en place sur le présent site pour échanger sur le sujet de la menuiserie en général et, bien sûr, de Roubo en particulier. L’inscription et l’usage ne diffèrent pas du commun. Que, par exemple, l’Art du Trait puisse y être à l’honneur plus que nous ne pourrions en assurer nous-même l’évocation, serait un signe d’appropriation sous des auspices d’excellence qui nous confirmerait une foi en une perspective plus riche de sens et d’échanges réels que ce que notre époque nous offre généralement... Des chapitres et sous-chapitres de ce forum seront ouverts si nous sommes amenés à juger que le niveau des conversations en vaut la peine. Il appartient donc à chacun d’apporter ce qui lui semble bon de partager avec une communauté qui parle plus souvent d’un auteur qu’elle ne le connaît vraiment, d’abord pour ne l’avoir que peu lu, sans doute, aussi, parce que notre temps se vautre dans une superficialité bien pire que celle, déjà condamnée pour le sien, par l’auteur de « L’Art du Menuisier ».

Au village de Celle, sur le Plateau de Millevaches,
en ce début de l’année 2018 .
S. M. C. J.











Notes :

1 — Sur ce sujet précis de la puissance de l’éditeur Google, on pourra lire mon article intitulé « De l’utilisation de l’Internet comme source de données princeps ».

2 — Une recherche sur le Web donne une solution pour télécharger les versions natives des photographies prises par Gallica ; cela présuppose maîtriser très correctement les URL et tout ce qui regarde les téléchargements Web. En aucun cas, il n’est possible de demander cela à un utilisateur lambda. Le téléchargement des versions natives des photographies prises par E-rara est quasi impossible, sauf à savoir rapatrier — et recoller correctement — 32714 fichiers au format Jpeg...

3 — Je trouve par exemple évident qu’il soit donné la possibilité à un professeur de menuiserie d’extraire telle ou telle figure de Planche dans une qualité relativement correcte sans qu’il lui soit demandé d’être un expert informatique pour procéder à ladite extraction.

4 — Par contre, je ne publierai jamais de version « image » du texte. Le temps est maintenant venu de s’attaquer à une translation réelle de l’image à une version de référence, la plus proche possible de la typographie originale, étant bien entendu qu’il est beaucoup plus simple de passer d’une version qui contient des « s longs » aux minuscules que nous utilisons, plutôt que la réciproque.

5 — Étant tout à fait entendu que ces bibliothèques n’y sont pour rien...

6 — En fait pas tout à fait puisqu’un OCR est déjà tenté sur la présente publication pour le seul texte de l’« EXTRAIT DES REGISTRES de l’Académie Royale des Sciences du 17 décembre 1768 » de Duhamel du Monceau. Ce ne sont que deux pages, en petits caractères et présentés sur deux colonnes. Cette tentative s’essaie au respect rigoureux de l’orthographe et de la typographie originelles, dans la mesure de ce que peuvent accepter les navigateurs Web contemporains. La problématique des s longs est résolue par l’utilisation systématique de l’encodage en UTF-8, et une police de caractère gérant à-peu-près correctement les ligatures typographiques (Linux Libertine) est utilisée.




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